L’invitation bidon

Le point de départ. Imaginons qu’un médiocre reçoive un petit bristol d’invitation à une soirée organisée par quelqu’un d’important auprès duquel il déploie une danse du ventre endiablée depuis longtemps. Et imaginons que l’invitation émane d’un plaisantin… C’est du canular basique. Dans le meilleur des cas, le top lèche sonne à la porte de celui qui ne l’a pas invité avec madame ( peut-être déguisé en Zorro si c’est une soirée costumée) et …. basta. Il est très déçu, mais son « hôte » a juste été un peu embarrassé.

Mais il y a mieux.

Imaginons que celui qui a une haute estime de son rang social s’aperçoive qu’un plaisantin a envoyé un certain nombre d’invitations à venir festoyer chez lui. Averti par le premier invité, il veut croire que la mystification est destiné à embarrasser celui-ci, lui n’étant que le vecteur de la farce. Pas trop grave. Mais au deuxième « invité » que se manifeste pour remercier, il réalise qu’il peut y en avoir d’autres. Au troisième, c’est l’affolement.  C’est là que la chose devient amusante. Imaginez l’embarras et la fureur de celui qui sait qu’un certain nombre de personnes ont été invitées chez lui un soir donné dont il ne connait ni le nombre ni l’identité exacte…le bougre passera assurément … un « bon » moment. C’est le but. Le voilà obligé de prévenir toutes les personnes qu’il aurait pu inviter au vu du profil socio-culturel des premiers à avoir donné l’alerte.

Il sera torturé entre l’envie de prévenir les personnes qui lui importent le plus (lui faisant redouter la honte de sa vie de savoir qu’il va être la risée du landernau où il croit évoluer en position favorable), et le doute sur la nécessité d’alerter ces mêmes personnes … s’il n’y a pas lieu. Un véritable psychodrame peut en découler.

Ce canular est plutôt destiné au cadre professionnel, car il est préférable de connaître la personnalité des protagonistes pour agir judicieusement. Et sachant qu’il faut éviter de poser des questions qui pourraient attirer les soupçons sur soi même, l’auteur est plus certain d’en avoir des retours spontanés par les rumeurs de « radio moquette » dans le cadre clos que représente l’Entreprise que dans le cadre ouvert de la société.

Si donc on est affligé d’un  »supérieur » hiérarchique particulièrement antipathique ce type d’action pittoresque qui rappelle la France des films de Bébel peut se révéler fort plaisante pourvu de respecter certaines règles déontologiques.

1 La sélection des  « invités ».

Il faut des individus « méritants » à savoir ayant déjà fait montre d’une certaine médiocrité humaine. En un mot, assortis à la victime…

2 Le rang social des Invités.

C’est leur rang qui détermine l’impact du canular. N’inviter que des subalternes laissera de marbre un cuistre imbu de lui-même. Il sait que ceux-ci n’iront pas se vanter d’avoir été pris pour des idiots et lui ne perdra pas la face vis à vis du rang supérieur, le seul qui lui importe. Il n’est même pas certain qu’il ne se paye pas une bonne tranche de rire aux dépens de ses flagorneurs favoris.

Il faut donc qu’il ait de bonnes raisons de croire qu’il a « invité » des « supérieurs ». … S’il y a nécessite d’inviter des alter ego bien en cours en plus de quelques proches collaborateurs ( les plus flagorneurs cela va de soit) c’est uniquement pour que ceux-ci déclenchent l’alerte. Le ressort du vice de ce canular se situe au niveau de l’importance sociale des personnes supposées avoir été conviées.

Supposées seulement. L’auteur n’est pas même obligé d’envoyer un carton chez monsieur le Préfet ou chez le grand PDG de l’entreprise. En effet si d’autres invités se sont déjà manifestés, il suffira alors que revienne au domicile de celui qui est supposé recevoir du monde, une invitation destinée à un haut personnage mais déroutée ( retour à l’envoyeur ) pour déclencher la panique.  Comment, c’est tout bête.

3 Une erreur volontaire d’adresse.

« n’habite pas l’adresse indiquée, retour à l’envoyeur ». S’il revient à votre domicile un courrier où figure votre adresse au dos que vous n’avez jamais expédié que faites-vous ? Surtout si vous vous savez victime d’un canular et que cela ressemble à uncarton d’invitation ?

Le tout c’est que la Poste remplisse bien son rôle. Le facteur zélé cela existe encore. Celui qui relève le courrier non distribué par un joyeux   » de Téhorentreuc, je connais c’est chez moi, iss’ont trompés c’est rue du lac des Cygnes et pas rue du Lac « . Patatras  ! Pas de risque avec monsieur Martin, quand il n’y a pas de monsieur Martin au 28 rue Charles de Gaulle, il y a cinquante autres Martin partout, le courrier reviendra à l’envoyeur.

Il faut donc que ce courrier qui revient à l’envoyeur, soit envoyé à un personnage important pour la victime, avec un nom très courant, et habitant une rue dont le nom ressemble à celle où réside le destinataire supposé la recevoir. Par exemple le genre de confusion déjà citée entre les rue du Lac et rue du Lac des Cygnes, rue de Budapest et rue de Bucarest etc, etc… Il faut que ces rues ne soient pas dans le même quartier pour éviter qu’elle soient sur la tournée du même facteur et surtout – surtout !- que le numéro indiqué n’existe pas. Parce que si le facteur zélé existe, il y a le facteur glando. Vous envoyez un courrier à monsieur Martin, 15 rue du Lac et si au 15 de la rue du Lac, il y a une boîte au lettres à n’importe quel nom, il y a des chances qu’il y dépose votre courrier (pas le temps de faire attention, réduction des effectifs…)… Et il n’est pas sûr que monsieur Duchmoll ( celui qui crèche au 15) qui le trouve se fasse un devoir de le rendre au facteur le lendemain. Pas le temps, s’en fiche…

Résumons : le carton doit être envoyé à quelqu’un d’important, de préférence avec un patronyme qui n’attire pas l’attention, habitant dans une rue dont le nom ressemble à celui qui sera mentionné MAIS à un numéro inexistant dans cette même rue. Bref, le type habite 15 rue du Lac des Cygnes, le courrier sera envoyé au 58 rue du Lac ( rue du Lac qui s’arrête au numéro 40 par exemple). La rue erronée doit exister, il faut que cela ait l’air d’une erreur.

4 Le texte de l’invitation.

Celui qui ne l’a pas adressé va lire ce qu’il est supposé avoir écrit. Rien de tel qu’une bonne caricature. S’il est pompeux et empoulé « très cher ami, nous serions au comble de la félicité si votre exquise épouse et vous même acceptiez de vous joindre à nous etc, etc… », ou si à  l’inverse plus rustique voire provocateur « bande de fauchés, je vous invite à venir chez moi afin de faire la fête à un bon petit cassoulet dont vous me direz des nouvelles ….  » dans tous les cas il laissera un souvenir inoubliable à tous ceux qui en auront connaissance…

5 Les précautions pratiques.

Au sujet de l’utilisation d’un micro ordinateur pour émettre les cartons d’invitation il convient de rappeler qu’un texte imprimé sans avoir été enregistré et effacé manuellement après impression ne laisse pas de trace sur le disque dur. Par contre s’il a été enregistré, même « supprimé » il y reste stocké . Une clé USB est plus appropriée pour enregistrer votre prose si vous ne pouvez tout faire dans la foulée.  Mais la sécurité est encore plus grande quand le micro n’est pas relié à Internet car on ignore ce que les hackeurs peuvent venir fouiller à notre insu.

Il faut des gants en latex pour ne pas laisser de traces ADN sur le courrier, ne pas lécher le timbre, bref n’avoir aucun contact corporel avec ce qui partira dans la nature…Si les invitations sont postées ailleurs, mieux vaut éviter de se déplacer avec son téléphone portable ( même éteint) tout payer en liquide et avoir fait le plein de la voiture avant de partir…. S’il y a des caméras au dessus des boîtes aux lettres, mieux vaut porter des lunettes noires et au besoin un grand foulard, une casquette large ou une capuche.

Pourquoi des précautions ?

Légalement ceci est passible de plainte pour « atteinte à la vie privée » qui peut coûter de l’argent, même si le risque est limité par la peur du ridicule chez la victime. Mais le  mauvais plaisant n’a pas intérêt à être identifié. Si la police a des cas autrement plus gravissimes pour occuper à plein ses effectifs réduits, rien n’empêche la victime d’avoir recours aux services d’un détective privé…. Sait-on jamais.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s