Le manipulateur pervers.

Ses agissements définis par les spécialistes du comportement humains comme du «harcèlement moral» sont interdits par la loi. Or la loi et les règlements intérieurs d’entreprise oublient dans leurs textes de rappeler exactement en quoi cela consiste, laissant le champ libre à toutes sortes d’interprétations. Or, l’essence même de ce délit étant l’usage de la manipulation afin d’empêcher toute interprétation d’une situation par des tiers, légiférer a autant de sens qu’aller suggérer à une victime de violence policière d’aller déposer plainte au Commissariat.

Le pervers agit insidieusement et implique les témoins directs en les amenant, par une cécité complaisante sur les persécutions qu’il inflige à un seul, à être ainsi ses complices. Il procède par stratégie de sape, petit pas par petit pas. Pointer du doigt individuellement chacun de ses méfaits dans toute son insignifiance, lui permet de retourner le problème : sa victime est un « persécuté » : «vous vous rendez compte, il(elle) va jusqu’à croire que je veux le descendre, il (elle) est malade…». C’est lui (elle) qui a un problème, cqfd.

Quand un individu montre par son agressivité manifeste qu’il «veut la peau d’un autre», aux yeux des tiers il se désigne comme l’aggresseur. Dans le cas de harcèlement moral, même si le malaise est perceptible à l’extérieur du cercle de persécutions, bien rares sont ceux qui veulent bien voir qui est l’agresseur…

Quand le phénomène est identifié, seule la victime fait l’objet de commentaires apitoyés, comme si son cas relevait de la seule fatalité. Notre époque est larmoyante, cela tombe bien. Il semble qu’il ne vienne à l’idée de personne de chercher même un coupable ne serait-ce que pour innocenter les collègues tiers innocents, du moins pas ceux qui ont déclenché la curée sur un seul. S’il est devenu virtuellement un délinquant, il est rarement reconnu comme tel et sanctionné. Si vous êtes sa proie, inutile d’espérer de l’aide.

A défaut de le confondre, autant donc le cibler vite fait .

Quelques options s’ajoutent aux caractéristiques du personnage selon l’âge, le sexe et le contexte où il évolue, mais des traits récurrents se retrouvent chez tous. Important : trente années d’expérience et au moins deux prototypes purs m’ont inspirée cette synthèse, plus quelques modèles hybrides, plus ou moins nocifs. Le descriptif de ce prototype est au masculin en vertu et uniquement d’une vieille règle de français qui veut que « le masculin l’emporte ».

Tout d’abord, le manipulateur, sa vie, son œuvre.

– Si l’impact de son existence sur un groupe est énorme, sa personnalité intellectuelle s’apparente plutôt au désert sans les tartares pour rigoler. Partout où il exerce ce ne sont que visages crispés, nœuds à l’estomac, douleurs musculaires…qui disparaissent comme par enchantement les jours où il s’absente. Il invective facilement les autres mais lui rendre la politesse déclenche un psychodrame. Il a dégommé des collègues les uns après les autres, parfois même des supérieurs hiérarchiques. Quant à la définition exacte de son travail, nul ne s’y risque, pas même à poser la question. A l’ère de la recherche effrénée de gains de productivité, ce boulet ruineux n’est JAMAIS débordé quels que soient les contraintes ponctuelles ou son niveau de responsabilité. A l’extérieur du groupe où il terrorise à tout va, sa personne suscite l’autisme à toute critique éventuelle… Il est tellement insignifiant que seules ses victimes lui accordent suffisamment d’intérêt pour voir que c’est un parasite…

Son lieu de prédilection ne peut donc être que le Service Public à la Française (S.P.Fr) où les règles de fonctionnement favorisent le développement de ce type «d’infection ».

1- C’est Tartuffe. Pour lui, ce qui relève de l’injustice c’est la faveur dont il ne profite pas. Naguère hurlant et vociférant – et avec quelle vulgarité! – contre «la Direction», il n’hésite pas, une fois sur le premier barreau de l’échelle, à virer «caporal chef de la coloniale», les exploits guerriers en moins, la lâcheté en plus. Quand ses collaborateurs sont occupés à gagner leur paie, lui squatte la machine à café ou sa ligne téléphonique professionnelle pour des appels perso. Ce qui ne l’empêche pas de voir paresse et mauvaise volonté au travail partout chez les autres. Pourquoi donc attrape t-il plus facilement le premier barreau hiérarchique ? A priori on peut croire les responsables un tantinet mauvais plaisants. Placer un ancien camarade syndiqué en situation de persécuter ses anciens compagnons de manif peut être une plaisanterie prisée … Mais en fait, c’est leur faire trop d’honneur que de leur attribuer cet humour cynique. S’ils le font, c’est par bêtise tout simplement. Ils pensent à court terme : cet individu qui jouira d’une délégation de pouvoir, jouira également de la bienveillante neutralité du contrepouvoir que sont les syndicats dans le S.P.Fr, vu les gages qu’il a donnés …avant. Il est «amusant» de voir le manipulateur déployer sa servilité dès qu’un «supérieur» avance un pied dans sa sphère, entendre ses remarques flatteuses et ses gloussements énamourés si c’est une femme ( disons plutôt un individu de sexe prétendu féminin). Par contre, loin des oreilles hiérarchiques, il sait donner le change aux plus tartes de ces mêmes petites camarades par quelques jérémiades gauchisantes à l’encontre de la haute hiérarchie. Cependant, à long terme les «tartes» commençant à nourrir des doutes, les relents de pollution relationnelles qu’il génère autour de lui finiront par arriver aux fines narines du chef avec les arrêts maladie et les demandes de mutations… Mais ce chef là sera le successeur du fautif qui a promu notre sinistre personnage. Cela se passe comme ça dans le Service Public à la Française.

2- Si le rôle d’intermédiaire hiérarchique à quelque niveau que ce soit est des plus ingrats pour une personne honnête, c’est en revanche la situation idéale pour un manipulateur : des collaborateurs en dessous et un chef au-dessus. Il se sert toujours des premiers contre le second, mais saura tout aussi bien utiliser le principe du respect de l’ordre hiérarchique du second pour neutraliser la réactivité de ses collaborateurs, et en tout premier les éléments qui dérangent son ego ou n’entrent pas dans son jeu.

3- Si ses victimes sont nombreuses, il ne gratifie qu’une seule cible à la fois de ses attentions, du moins dans un même lieu. La pierre angulaire de sa stratégie destructrice est l’isolement de sa victime. Qu’il apprenne qu’il y ait un lien entre deux de ses victimes (l’actuelle et une ancienne, ou deux actuelles exerçant à des endroits différents) et il ne vit plus. Il sera prêt à tout pour l’empêcher. A peine commence t-il à s’attaquer à quelqu’un qu’il déploie aussitôt une stratégie de charme aurprès de tous les amis de ce dernier, voire le conjoint. Et, sans la moindre vergogne auprès de ceux auxquels il a nui auparavant. Il compte sur le soulagement éprouvé par ceux-ci à voir le mistigri passer aux mains d’un autre. Hélas, ça marche….

4- Il utilise la perte de temps comme arme fatale. Il surcharge de travail inutile et fastidieux celui qui est dans le collimateur. Ainsi celui-ci servant par conséquence de paratonnerre aux autres, aura du mal à compter sur leur solidarité. Et si ce malotru tente de s’en sortir malgré tout par des gains de productivité (fort probable puisque ses cibles sont souvent ceux qui pourraient lui faire de l’ombre de par leurs capacités intellectuelles), il utilisera tous les tours et détours et autres tours de la réglementation pour le noyer quand même… Il y a toujours une procédure désuète dont il exige de faire perdurer l’usage avec zèle dans le S.P.Fr. (voir l’ouvrage de François de Closets « Plus Encore » sur l’échec des tentatives de modernisation de la fonction publique). Les chefs qui ne lui conviennent pas sont neutralisés par la même arme : le fallacieux prétexte de la recherche de qualité permet souvent de multiplier les obstacles à l’efficacité. Ce qui donne en plus l’apparence trompeuse de vouloir préserver des emplois subalternes. Imparable, en plus c’est moral.

5- Malgré son mépris pour l’intérêt général, il n’en trouve pas moins toujours un tiers à désigner à la vindicte (et avec quel fiel!) qualifié de profiteur. Il adore faire la morale aux autres.

6- Il pratique l’intox sans modération, assène ses certitudes mais il est fort malséant de lui réclamer l’origine et les preuves de ce qu’il avance. Il le dit, c’est une preuve, non?

7- Et surtout, il aime tout le monde, du moins il se donne un mal de chien pour le laisser croire. Il a le temps de soigner sa popularité, il a su transformer son emploi en sinécure au détriment de ceux qui l’entourent. Il raconte facilement sa vie, du moins ce qui peut s’en raconter, et surtout fait parler. C’est une cellule des R.G. à lui tout seul. On ne dira jamais assez le rôle central des services de renseignement dans une victoire. Ses simagrées, pour lui des instants de pur bonheur, lui permettent de glaner toutes sortes d’infos.

L’entourage professionnel d’un manipulateur efficient.

Pour exercer ses talents, il lui faut des complices. Voyons donc l’environnement.

Commençons par les pires, les alliés actifs ou faux neutres. Jamais ils n’avoueront leur immense sympathie pour le manipulateur, car feindre la neutralité leur permet de «jouer un rôle» indépendant …Quand ils sont pris au piège de l’évidence, au lieu de biaiser comme le manipulateur sait le faire, ils laissent supposer une certaine crainte du personnage : c’est compris dans le pack roublardise (« tu comprends, j’avais peur »). Toute leur vie est ainsi, la duplicité comme forme supérieure d’intelligence, seule supériorité d’ailleurs à leur portée. Et leur seule culture, le comble de l’ordinaire. Tout comme le manipulateur, mais eux ont trop peur de se faire des ennemis … on se sait jamais, le deus ex machina…comme dans le Tartuffe de Molière. Imaginons qu’un futur haut responsable fraîchement arrivé ait un lien avec la victime et c’est le retournement complet, ou si la victime est une jolie femme, enfin vous me suivez … Il suffit à leur bonheur de voir un insignifiant comme eux faire la pluie et le beau temps : leur jouissance est aussi infinie qu’inavouable. Ils trahissent parfois leur côté malsain à la façon dont ils évoquent le perturbateur : «quand même, lui, il sait y faire…hein, hein» (on croirait presque les entendre jouir à la façon dont ils le disent). Les autres disent la même chose mais avec un soupir désespéré. Ils lui servent de perroquet ou d’aboyeur public en répétant complaisamment ses vérités et versions expurgées des faits reconnus, ainsi que ses médisances et ses intox…et surtout donneront toujours des situations la version pervertie qui le favorise. Le manipulateur a détruit une équipe qui marchait : «le groupe marche mal» (tous coupables), il passe à côté d’une promotion «tout le groupe est saqué», et surtout, un collègue harcelé commence à plonger «il a un problème ailleurs» ou (ça marche à coup sûr ) «c’est la faute à la Direction!» (manque d’effectifs madame Michu). Dans le service public gauchisant, attaquer la Direction est culturel…

Les alliés passifs. Ils ne sont pas mal intentionnés, rien à voir avec les précédents malgré ce que leur comportement laisserait supposer. Parfois par indifférence aux embarras des autres, souvent par crainte d’y passer un jour s’ils se montrent trop intelligents, ils dissimulent leur embarras honteux derrière ce qu’ils voudraient faire passer pour de la neutralité, de la pondération, voire de la sagesse…Ils reconnaissent bien l’origine du malaise, mais croient donner dans le registre de la dignité en voyant un «caractère difficile» au coupable, aussi indigne que soient ses agissements. Il est vrai que la force de caractère n’est pas leur apanage. Ainsi la lâcheté qui consiste à s’en prendre à ceux qui ne sont pas en état de se défendre, c’est pour eux «du caractère». Du caractère aussi que de profiter de sa position dominante pour faire passer ses erreurs sur le dos d’un collaborateur, «de la malhonnêteté, ah nooooon» voyons! Et puis, profiter des talents de certains proches collègues tout en leur collant sur le dos des étiquettes comme «paresseux, bon à rien, roublard»…, du caractère certainement. Ils portent aussi une grosse responsabilité dans la pagaille ambiante. Si leur tour arrive de servir de proie, ceux dont ils ont ignoré les déboires ne lèveront pas le petit doigt pour eux : «c’est son tour, c’est bien fait! ». Et qui profite de cette absence de solidarité ? Le manipulateur bien sûr.

Les gens honnêtes. Il faut de tout pour faire un monde, heureusement qu’ils s’en trouvent de temps à autre, pour sauver l’honneur. Ils aident du mieux qu’ils le peuvent les proies du prédateur. Le simple de ne pas être frappé de cécité devant les manigances du coupable est d’un secours inestimable pour la victime. La mauvaise foi et la veulerie qu’un pervers déclenche dans son sillage rendraient irrémédiablement misanthrope n’importe quel bisounours. Il faut dire qu’étant souvent d’anciennes victimes ou se sachant instinctivement sur la liste d’attente, cela se comprend.

Ceux qui devraient faire quelque chose : les chefs

Ceux sur lesquels ne pas compter : les complices volontaires ou pas .

* Tout d’abord, les complices involontaires. Dotés d’une photocopieuse à la place du cerveau, ils ont réussi un brillant cursus. Depuis que leurs alter ego diplômés ont disserté publiquement sur l’absence de sens critique de hauts responsables pourtant «hautement diplômés» il est permis de se joindre à la logique populaire qui a toujours prétendu qu’ « il ne faut pas confondre intelligence et instruction », sous les sourires condescendants. Ils ne veulent rien savoir. Quand bien même ils essaieraient de comprendre, ils n’y parviendraient pas car une photocopieuse – même multifonctionnelle- ce n’est pas fait pour analyser une situation.

* Ensuite, les manipulateurs du rang supérieur issus de la base. Là c’est le coup de foudre entre eux. Une entreprise publique est le bien de ses salariés, une promotion c’est le droit de persécuter son prochain sans entraves, c’est leur raisonnement inavouable et inavoué. Pour eux, tous les coups sont permis. Il y a un respect mutuel entre eux, le club des «pas intelligents mais malins…» qui s’auto entretient des réussites de leurs différentes fourberies. Pour bien manipuler, «à deux c’est mieux» : les feux de l’enfer pour leurs cibles, et un écran de fumée opaque au dessus.

Ceux sur lesquels on devrait pouvoir compter … mais.

* Le jeune diplômé hyper doué. Il a en tête que son rôle de manager lui dicte de bien agir. Généralement il découvre le S.P.Fr en y entrant, il vient d’un autre monde. Le pervers le flaire d’instinct, c’est l’homme (ou la femme) à abattre de suite sans sommations. Le manipulateur, profitant de sa position d’interface hiérarchique ou essayant de gagner la confiance de ce «jeunot», créera une de ces embrouilles dont il a le secret afin de le discréditer de façon irrémédiable avec le reste de l’équipe surtout les plus honnêtes (souvent les plus bêtes… ). Même si ce jeune chef comprend vite qui perturbe le groupe, la situation est inextricable. Le manipulateur est impossible à faire dégager (ça va bien pour lui, «les plus gênés s’en vont») et de toutes façons il est difficile à vendre. En fait, les collatéraux hiérarchiques, ont flairé l’embrouille. Les arrêts maladie et les demandes de mutations plus nombreuses, tous savent ce que cela veut dire : des emmerdes pour le haut responsable. Il s’en suivra un engrenage très pénible et parfois, il peut se faire lui même détruire par cet inférieur d’un type très particulier.

* L’intelligent réservé. De l’expérience et quelque fois aussi des diplômes. Assez honnête pour être conscient qu’il se doit de débarrasser son équipe d’un mauvais élément, il redoute par dessus tout les vagues qu’on lui reprocherait. Un perturbateur comme celui là, il le sent d’instinct, irait en faire sur un océan gelé. Quand se retrouver dans le collimateur d’un supérieur fait de n’importe quel salarié le «type à problèmes relationnels», un manipulateur, lui, a «un mauvais manager». Allez savoir pourquoi le mal fascine…Ce chef fait ce qu’il peut, favorise les mutations des personnes les plus exposées. Mais sans l’aval de tout le groupe, ce responsable peut vite se retrouver dans la situation du type de chef précédent. Or, il lui est difficile d’avoir toute l’équipe dans sa manche pour une raison toute bête : les petits chefs (surtout les mauvais) ne s’en vont jamais d’un endroit où ils prospèrent, alors que les grands chefs circulent. Cela se passe comme cela dans le service public à la française. Redondance voulue.

Seule alternative : la fuite.

Partir dans les tous premiers oblige à refaire ses preuves là où on arrive, précédé d’une réputation «signée furax». Cependant, n’est ce pas mieux que de voir le vrai manipulateur donner de tout son art quand tout le monde cherche à partir? Car ce jour là, quand cela commence à sentir le roussi pour le fautif, il sait mieux que quiconque donner le change. Lui aussi se déclare mal dans sa peau (cause externe, le travail, les changements) et ses alliés actifs jouent à fond leur rôle de perroquet « c’est dur pour lui, le pauvre … ». Du coup, le responsable se précipite dans la brèche : régler le problème du gêneur en premier résout d’un seul coup tous les autres. Enfin on parvient à le muter. Avec une promotion bien sûr ! Les autres sont tellement soulagés que nul ne s’en indigne.

Oui mais : vous n’avez pas la possibilité de partir sans y laisser des plumes ….. C’est là qu’il va vous falloir agir à l’envers….C’est là que vous avez bien fait de venir sur ce blog. http://wp.me/P20IF3-8Z

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