Madame Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes

Monsieur Vincent Peillon, Ministre de l’Education Nationale

Madame Aurélie Filipetti, Ministre de la Culture

Monsieur Pierre Coppey Président de Cofiroute,

Je me permets de vous interpeller sur un problème d’une gravité extrême puisqu’il s’agit d’un cas de discrimination qui concerne autant l’enseignement que la culture et ce par le biais de la signalisation des lieux remarquables en ce domaine, dont les sociétés gestionnaires d’autoroutes se font le relais le long des milliers de kilomètres qui traversent notre beau pays.

En effet, j’accorde beaucoup d’attention aux nombreux panneaux autoroutiers signalant les immenses richesses patrimoniales françaises, qu’elles soient naturelles, archéologiques, architecturales, historiques. Et parmi ces dernières, les champs de batailles, où nos ancêtres furent victorieux (parfois l’inverse mais c’est plus rare).

Circulant donc sur l’Autoroute A10, l’Aquitaine, dans le sens Paris Bordeaux, je m’attendais à trouver, après la sortie 27 au sud de Châtellerault, au niveau de Vouneuil sur Vienne ( lieu-dit précisément nommé « Moussais la Bataille »), un panneau signalant la Bataille de Poitiers, pour rappeler cet événement qui eut lieu en 732. Et j’imaginais comme c’est le cas pour les autres batailles, une image symbole comme une palissade de guerrier alignés, la lance en avant, afin de stopper net l’avancée jusqu’alors inexorable des Arabo- Musulmans au cœur de l’Occident Chrétien. Las et cent fois hélas, rien ! Bernique. Quelques kilomètres plus tard, j’arrivais à Poitiers.

Je trouve cela curieux dans la mesure où le site de la Bataille est classé historiquement et aménagé pour les nombreux visiteurs qu’il intéresse ( …). Je trouve qu’il y a là une discrimination non seulement à l’encontre de la Région Poitou-Charentes lieu de ce haut fait d’armes majeur pour l’histoire de l’Europe, mais également pour nos amis Arabes car cela fait d’eux, du fait de cet oubli maladroit, des adversaires «négligeables». Et donne à penser que Charles Martel les aurait balayé d’un revers de lance. Ce sous entendu implicite ne serait-il pas un peu …nauséeux ?

En effet, il y a une tradition en France qui consiste à tant nous glorifier des batailles gagnées contre nos ennemis d’hier – devenus nos amis d’aujourd’hui- que nous ne nous embarrassons pas de savoir s’il est bien opportun de les leur rappeler à chaque détour d’un chemin. Ce qui ne les empêche pas de venir en grand nombre et en toute amitié visiter notre pays, voire s’y installer.

*Nos amis Allemands et Autrichiens à peine débarqués à Paris qu’ils aiment tant (Ach der Gross Paris ! ) voient les noms des victoires napoléoniennes sur l’Autriche et la Prusse portées par les plus prestigieuses rues parisiennes : Ulm, Eylau, Iéna, Friedland. On peut ajouter que nos amis Russes se joignent à eux pour devoir supporter qu’une gare, longtemps restée d’une importance majeure, leur rappelle Austerlitz, et la défaite des empereurs d’Autriche et de Russie contre l’Empereur des Français… Quant aux Allemands et Autrichiens, dans chaque village français, même le plus reculé, un Monument aux Morts est là pour leur rappeler que nous n’avons pas oublié les noms de tous nos aïeux qui ont donné leur vie en combattant les leurs lors de la Première Guerre Mondiale dont ils ont mal digéré la défaite. Mais cela ne pose aucun problème pour eux…

*Nos amis Anglais, adorent tant la France qu’ils ont cherché durant cent longues années à y prendre pied. Ils ont échoué pour un certain nombre de raisons, parmi lesquelles nous privilégions ( à tort ou à raison) l’épopée de la Pucelle d’Orléans, Jehanne d’Arc, « en l’an 1429 recommença à luire le soleil » selon la poétesse Christine de Pisan…Ils leur faut à présent supporter avec leur flegme légendaire, la vénération dont elle est l’objet – sa statue présente dans presque toutes nos églises – comme un reproche muet à la cruauté du sort qu’ils lui ont infligé. Ils ne s’installent pas moins nombreux dans nos campagnes sans nous en faire le moindre reproche. Certes nous leur rendons quelque politesse à Crécy en Ponthieu signalé sur l’Autoroute entre Amiens et la côte d’Opale.

*Nos amis Italiens ne sont pas en reste même si nos affrontements les plus violents remontent à l’Empire Romain quand Vercingétorix, notre premier héros national leur donna du fil à retordre : le panneau signalant l’oppidum de Gergovie est parfaitement visible aux alentours de Clermont Ferrand. Mais surtout Astérix, héros fictif, dont la résistance égratigne la grandeur de Rome est mondialement connu. Il n’a jamais été l’objet de la moindre acrimonie de leur part … .

Tous ces ennemis d’hier savent bien que si nous nous glorifions tant de les avoir défaits, c’est que nous n’avons pas considéré ces victoires comme faciles. Et c’est donc implicitement un hommage à leur propre valeur que de s’en montrer fiers.

Occulter la bataille de Poitiers – ou tenter de le faire de façon aussi vaine que pitoyable- ne peut être que l’insigne d’un immense mépris pour ce qu’elle représente et donc une immense offense faite à nos amis Arabes. Il serait fort malséant de considérer que nous les aurions vaincu sans péril et triomphé sans gloire, d’autant plus que le nom « Franc » serait passé depuis dans le vocabulaire courant arabe pour signifier « courageux ». Si cela est véridique comme d’aucuns le prétendent, cela prouverait qu’eux également savaient reconnaître le mérite d’un ennemi.

Je sais que de nombreux historiens en mal de notoriété ont tenté de nous expliquer, … qu’il n’y eut pas de bataille à Poitiers, ou que la date n’est pas certaine, que la mort impromptue de l’Emir aurait provoqué le repli de son camp (faute de quoi nous aurions vu ce que nous aurions vu, mon brave ! ), …et sans doute auraient-ils aussi abandonné durant les années suivantes les riches villes d’Aquitaine et de Septimanie de bonne grâce (après les avoir conquises de heute lutte), pour nous faire plaisir… L’imagination des psychopathes souffrant de ce mal qu’est la « haine de soi » étant sans limites, les extrapolations peuvent être infinies…. Que savons en fait des hasards divers et variés ayant favorisé les victoires ou entraîné les défaites du passé ? Dans ce domaine seul le résultat compte n’est-il pas ?

Je me permets donc d’attirer votre attention sur cet oubli on ne peut plus maladroit et espère qu’il y sera remédié. Nos amis Arabes doivent être traités sur un pied d’égalité avec tous nos amis étrangers, et cette bataille mérite tout autant que les autres d’être signalée à l’attention de nos chers petits qui, à l’arrière des véhicules, s’instruisent en supportant l’ennui du trajet en contemplant tous ces magnifiques panneaux à vocation pédagogique, ou mercantile puisqu’ils ont aussi semble-t-il vocation à susciter l’envie d’une escale….

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